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Le Mpoue (Lancezeur et Ngola)

Premier roman graphique dessiné en solo par Martini Ngola, Le Mpoue nous entraîne dans la tête d’un professeur d’université hanté par son passé et confronté aux attaques de ses confrères rivaux. L’intérêt de l’intrigue rondement ficelée par Blanche Lancezeur réside essentiellement dans le contraste entre le réalisme de l’univers dans lequel gravite le héros et le fantastique qui surgit sans crier gare ou résulte du fruit de son imagination. Le quotidien dans lequel évolue l’universitaire est restitué de manière très convaincante, tant dans le contexte européen que celui de son enfance camerounaise. C’est là qu’on aurait aimé en savoir davantage sur les traditions et en particulier sur les Bamiléké et le Mpoue de la légende venu terroriser notre héros. Qu’à cela ne tienne, l’action est rondement menée et l’histoire se lit d’une traite, avec plaisir et curiosité.

Très classique, le dessin se transforme lorsque surviennent les visions. La culture africaine se mêle alors à la richesse visuelle psychédélique d’un Moebius ou d’un Druillet. Chacune des cases de Martini Ngola, peintre de formation, est composée comme un tableau et le moindre détail compte. Les personnages sont très fermement incarnés dans un cerne énergique et les ombres magnifient l’ensemble, se muant ici et là en stries cartoonesques ou en subtils dégradés de lumière. L’expressivité des visages et des situations est soulignée, de très intéressante manière, par un travail sur la couleur qui évolue au fil de l’album. Chaque double page a sa dominante, dans un nuancier qui oscille entre les violets et ors, sans oublier les nuances de bruns qui mettent les peaux particulièrement en valeur. Beaucoup de gros plans et d’effets de style assez cinématographiques (entre le Michel Ocelot de Kirikou et la sorcière et le Vertigo de Hitchcock) achèvent de dynamiser le tout.

Une très belle découverte et un auteur à suivre, pour un album qui s’inscrit dans les styles et genres très variées du catalogue des toutes jeunes éditions Félès.

Le Mpoue (Lancezeur et Ngola) Couverture

POUR EN SAVOIR PLUS :

La fiche de présentation sur le site de l’éditeur.

Sur les Bamilékés.

Sur la bande dessinée africaine :
Le Monde, L’Afrique, l’autre continent de la bande dessinée, Roxana Azimi.
L’exposition proposée par la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, disponible en ligne, sur la BD africaine : Afropolitan Comics : de l’Afrique du Sud au Continent.

Scénario : Blanche Lancezeur
Dessin et couleur : Martini Ngola
Pages : 56 + coulisses
Sortie : 13 novembre 2020
Éditeur : Félès
ISBN : 9782956781479
Note : ***

 

 

Martini Ngola s’est prêté au jeu du Questionnaire de Proust BD et a répondu en images aux 30 questions.

LES AUTEURS :

Blanche Lancezeur

 Lectrice transie de Milan Kundera, elle aurait souhaité qu’on la compare à un croissant de lune oublié sur le ciel pâli du jour, ou à un papillon qui voltige sur la neige. Mais ces mots ont été écrits pour Ruzena, reine sans le savoir, personnage imaginaire de La Valse aux Adieux. Alors Blanche Lancezeur a décidé qu’elle aussi rendrait la vie plus belle en écrivant des fictions…

 Pour les Editions Félès, elle est scénariste de Ourmiah Requiem (2020), La case vide (2020) et Le Mpoue (2020).

Martini Ngola

Né à l’ouest Cameroun, Ngola Balla Martinien Romeo dit Martini Ngola, peintre de formation, ouvre de manière autodidacte la porte du 9e art en 2016, en publiant Heelasteen avec Huge dans le magazine Blacktrek, ensuite en édition numérique chez Amadiora. En 2017, il poursuit dans sa lancée avec Ivu-man qui paraît sur le Aïdo3D et sur loupdigitalart. En 2019, il signe chez L’Harmattan BD son premier album collectif intitulé Pour une couleur de peau, avec Christophe Ngalle Edimo (scénariste), Nathanaël Éjob, et Joseph Dannynyembi (illustrateurs). En 2020, débute le projet Le Mpoue aux Editions Félès, en collaboration avec Lancezeur.

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