Un autel pour Visconti

En hommage à mon superbe chat Visconti, disparu en octobre 2021, j’ai eu soudain l’envie de rédiger un texte sous forme d’historiette. Il me fallait écrire des choses sérieuses et plutôt urgentes (un livre en préparation, des critiques et autres travaux), mais je n’y parvenais plus.

Par ailleurs, pour mon site internet, j’avais initié à l’attention de mes abonnés une lettre que je voudrais régulière mais je n’arrivais pas à me décider à en envoyer après le décès de mon petit compagnon. En effet, je ne voulais pas annoncer la mort de mon chat à ceux que cela n’intéresserait pas, mais je me sentais un devoir de le faire pour tous ceux qui avaient témoigné un intérêt pour ce splendide chat et me demandaient à l’occasion des nouvelles. 

Pendant deux mois, je n’ai pas réussi à écrire, excepté deux ou trois textes de commande que je n’ai pas osé refuser. Et tout à coup, comme une évidence, je me suis dit que j’allais faire un récit très personnel, avec un peu d’humour (enfin, moi je le trouve amusant) et bourré de tendresse. Je l’ai conçu comme un conte de Noël. Certes, le sujet n’est pas drôle, pour le moins, je le concède, mais la fin est une renaissance et il s’agit d’une ode aux ancêtres et à la mémoire… C’est un peu mon cadeau de Noël à mes hypothétiques lecteurs, sous forme d’étrennes puisque je suis en retard, à force de procrastiner. Cela dit, j’ai terminé avant que l’année ne soit totalement écoulée, c’est déjà ça !

P.S. Une fois écrit, je me suis dit que je devais m’abstenir de publier en ligne ce récit très personnel et qu’il fallait trouver autre chose en guise de cadeau. Puis, n’écoutant que mon cerveau reptilien, j’ai pris l’une des papillotes de chocolat offertes par Mylène pour oublier et essayer de trouver une autre idée. Après avoir froissé l’emballage et avant de le recycler, j’ai eu la curiosité de lire ce qu’il y avait sur le papier : « Oublier ses ancêtres, c’est être un ruisseau sans source, un arbre sans racines. Proverbe chinois ». Je suis toujours très superstitieuse quand cela m’arrange. On va dire que c’est un destin facétieux sous forme de papillote qui m’aura fait changer d’avis. Je livre donc en pâture mon texte.
Bon courage pour la lecture ! [Et si d’aventure, vous aimiez ce texte, n’hésitez pas à le partager…].

© Catherine Jordy

 

Une ode à la vie et à la mémoire

 

Le récit qui précède évoque la disparition et la mort, mais il n’est pas triste, du moins je l’espère…
J’ai longtemps hésité avant de l’écrire, car qui a besoin d’un texte de plus, d’une ligne supplémentaire ? Nous sommes inondés de proses diverses et je fais partie de ceux qui renoncent quand quelqu’un les remet plus ou moins gentiment à leur place. Certes, je ne suis ni Victor Hugo ni Fedor Dostoïevski, mais je peux me permettre de faire comme eux : répondre au besoin vital de raconter, d’écrire ou de témoigner. Et à titre personnel, de me faire très égocentriquement plaisir.

Pendant 35 ans, je ne me suis pas autorisée la fiction et surtout pas l’écriture d’un journal. Je le regrette maintenant, car la mémoire joue des tours et il serait tellement pratique de pouvoir consulter des notes précises et documentées. J’ai décidé de me permettre d’écrire enfin en toute liberté et de commencer à donner « chair » à tous les récits que j’ai dans la tête. Peut-être ne seront-ils lus par personne, mais au moins, j’aurais eu la satisfaction de les coucher sur papier. Rien que ça, c’est déjà une immense victoire sur ses propres peurs et autocensures. Je souhaite à tous ceux qui s’en empêchent de le faire à leur tour, car cela apporte de très grandes satisfactions, quoiqu’on en dise.

Mon problème principal est le suivant : écrire de la fiction, c’est devoir rester dans des domaines qui nous sont familiers, donc forcément nommer des proches car enfin, que peut-on raconter, quand on craint de manquer d’imagination ou de parler de choses qu’on ne connait pas vraiment ?

Ce dernier obstacle, j’ai essayé de le contourner en donnant des surnoms à tous ceux que j’évoque ici sans leur avoir demandé leur avis au préalable : qu’ils veuillent bien me pardonner d’exister dans mon imaginaire mais qu’ils soient convaincus d’occuper une très grande place dans ma vie.

À eux et à tous ceux qui auront envie de me lire, je dédie ce texte, que j’ai voulu comme un témoignage sincère et bienveillant, qui m’a été d’une grande aide et dont j’aimerais qu’il puisse être utile à quelqu’un.