Voici le questionnaire et les instructions proposés à Catel Muller, dessinatrice, et José-Louis Bocquet, scénariste, auteurs de nombreux romans graphiques, dont le récent Alice Guy.  

Il est possible de répondre à la totalité de ces questions ou à une partie d’entre elles seulement, au choix. Les réponses peuvent tenir en un mot, une phrase ou faire l’objet d’une prose tout à fait libre, de longueur indéterminée… Si l’artiste préfère s’exprimer à travers un croquis, un dessin, un strip, une page aquarellée, le lecteur lui en saura gré !

Le couple a répondu aux questions au cours d’une longue conversation téléphonique. Tous deux improvisaient les réponses puisqu’ils découvraient le contenu du questionnaire au fur et à mesure. Merci à eux pour leur patience et leur disponibilité !

Quel est votre passe-temps favori quand vous ne dessinez pas ?
Elle : Me promener dans la nature.
Lui : Regarder des illustrations (photos, affiches, etc.). N’en produisant pas moi-même, Je suis obsédé par les images…

Quel est votre maître en BD ?
Elle : Tomi Ungerer, Claire Bretécher, Art Spiegelman, beaucoup de peintres, également. Pour le scénario, René Goscinny.
Lui : Jean-Michel Charlier, pour le souffle, notamment de Blueberry, où il est pionnier. Avant Goscinny et lui, le métier n’existait pas. Puis, pour les années soixante, Greg, le premier à introduire le dialogue naturaliste. Puis Pierre Christin, pour l’introduction de la conscience politique.

Quels sont vos maîtres en d’autres disciplines (peinture, musique…) ?
Elle : Il y en a tant ! L’École de Paris des années 1920, Rothko, Jules Pascin… En musique, le baroque, avec notamment Pergolèse, Haendel ou Bach, mais aussi Satie.
Lui : Chez les écrivains, cela va de Cendrars à Hemingway en passant par McOrlan. J’aimes les aventuriers qui ont roulé leur bosse comme Kessel. Au cinéma, Orson Welles et son scénariste Herman Mankiewicz ; des gens de plume, avant tout.

Quel est votre animal préféré ?
Lui : Le chat et le chien, mais aussi le Poulpe, qui est un animal rebutant à la base mais attachant et extrêmement intelligent [Nous faisons un travail en rapport avec la mer en ce moment].
Elle : De mon côté, le chat et le cheval, mais pour rester dans la thématique de la mer, le dauphin.

Quel est votre personnage de BD favori ?
Elle : Ado, c’était Agrippine, de Bretécher.
Lui : Corto Maltese.

Quel est le personnage que vous avez créé préféré ?
Elle : Joséphine Baker, très graphique, très gracieuse, très moderne. C’était un personnage fait pour la BD.
Lui : Je n’ai pas de préférences ; j’aime toutes mes filles, ou plutôt mes mères de BD.

Qui auriez-vous voulu être ?
Elle : Bocquet, à la limite !
Lui : Moi, Catel. Nous sommes très heureux comme ça.

Quelle est votre faiblesse pour laquelle vous avez le plus de tendresse ?
Elle : Je n’aime pas beaucoup mes faiblesses. Très exigeante, j’essaie de l’être moins pour éviter la folie. J’apprends à être plus douce, mais j’avoue que cela me dérange.
Lui : Quand je suis en Alsace, c’est cet irrépressible besoin de manger du munster sous toutes ses formes. En gros, la gourmandise.

Quelle est votre plus grande qualité ?
Elle : La ténacité. Je suis très opiniâtre et je m’accroche jusqu’au bout.
Lui : La curiosité. Je passe des heures, des jours, voire des mois à trouver de la documentation.
Elle : Ce qui me permet, grâce à sa matière première, d’assurer derrière. 

Quelle musique écoutez-vous en dessinant ?
Elle : Quand je suis trop concentrée, je n’écoute pas de musique. Mais au moment de l’encrage, j’écoute un peu de tout en fonction de mes envies. C’est très varié.
Lui : Il faut que je trouve la petite musique des personnages. Je ne peux pas y arriver par celle des autres.

Si vous deviez installer votre atelier dans le pays de vos rêves…
Elle : C’est fait !
Lui : Nous travaillons dans deux ateliers, entre Paris et Fécamp. Dans ce dernier, nous sommes en bord de mer avec une falaise et une vue sur l’infini.

Décrivez l’atelier de vos rêves…
Elle : Nous travaillons ensemble, pas dans le même bâtiment, mais dans la même ville, ce qui signifie que nous avons en fait deux ateliers dans chaque ville.
Lui : Pour moi, l’essentiel, c’est qu’il y ait un lit et une bibliothèque dans l’atelier. Je travaille soit en marchant, soit couché, avec un plateau de thé qui refroidit au fil de la journée. Les documents sont éparpillés autour de moi et il y en a de plus en plus au fur et à mesure que le temps passe, numérotés et mis dans l’ordre. Je commence par les dialogues. L’important, c’est le premier jet.

Vous pouvez inviter jusqu’à 10 géants de la BD, héros de fiction ou autres personnalités à dîner, y compris ceux qui nous ont déjà quittés. Quel est votre plan de table ?
Elle : Dix, c’est beaucoup trop, on ne peut pas vraiment se parler. Mieux vaut multiplier les occasions, avec quelques couples, comme Blutch ou Pascal Quignard avec leurs compagnes.
Lui : Je préfère dîner en tête-à-tête avec Catel ! On pourrait citer cent personnalités. Nous avions l’habitude d’organiser des dîners ou des brunchs avec une soixantaine de personnes, mais c’était avant la pandémie. Il faudra un peu de temps pour reprendre nos habitudes.
Elle : Les morts me manquent peu, sauf ceux que j’ai connus, comme Moebius. On peut y ajouter Claire Bretécher ou Benoîte Groult.
Lui : On a dîné avec tous ces gens. Mais les mélanger, ce serait au final ne parler vraiment avec personne.

Quel est votre plat préféré ?
Elle : Le bar sauvage que José-Louis me prépare au gril à Fécamp et aussi les coquilles Saint-Jacques.
Lui : Le jambonneau au munster accompagné de pommes sautées (avec mauvaise conscience). 

Quelle est votre gourmandise préférée ou votre péché mignon ?
Elle : La charlotte à la framboise (je ne mangeais rien d’autre petite et c’est resté mon dessert préféré).
Lui : La glace au caramel beurre salé. Mais je suis aussi un fou des crocodiles ou oursons colorés. Quand je commence, je ne peux plus m’arrêter !

Avez-vous le goût de la collection ?
Elle : Oui, j’accumule beaucoup de choses.
Lui : Je suis bibliomane. J’aime tout ce qui est imprimé, y compris, par exemple, les dessins de pochettes d’allumettes. Je collectionne les livres sur les livres également et bien sûr les livres sur l’histoire des femmes.

Quelle est votre couleur préférée ?
Elle : Bleu.
Lui : Bleu.

Quel est votre médium préféré (encre, aquarelle, gouache, crayon…) ?
Elle : Pas de préférences. Je pratique le mélange des techniques et fais des essais, sans quoi, je m’ennuie. C’est au-delà de l’artisanat, car il y a une dimension artistique dans ce travail.
Lui : Crayon et clavier, enfin, quelque chose qu’on peut effacer…

Avez-vous un ou des grigris ?
Elle : Une bague du musée du Havre. J’en ai un nouveau, un bijou pendentif avec un petit morceau de corne de mammouth de l’ère glaciaire de Lascaux.
Lui : Non.

Quels sont votre fleur, arbre ou plante favoris ?
Elle : Les tulipes.
Lui : Le lys.

Votre auteur préféré en littérature.
Elle : La Comtesse de Ségur, George Sand, Colette, Madame de La Fayette, Virginie Despentes, Benoîte Groult, Simone de Beauvoir
Lui : En plus des auteurs déjà cités, Georges Simenon, Graham Greene, John le Carré, Charles Bukowski et John Fante

Votre musicien préféré.
Elle : C’est compliqué. Benny Sings, un artiste pop hollandais, en ce moment.
Lui : Le rap américain de la Côte Est de la fin des années 1990.

Votre film favori.
Elle : Impossible de répondre à une question pareille avec un titre ! Pour rester dans mon actualité, je dirais Albatros de Xavier Beauvois pour lequel j’ai fait des illustrations dans Un monde hors champ. Et j’ajouterais Tous les matins du monde.
Lui : La Dolce Vita.

Quel est votre héros ou héroïne dans la vraie vie ?
Elle : Nos mamans respectives, toutes les deux féministes, lectrices de Benoîte Groult, avec lesquelles nous entretenons une connivence très spéciale.
Lui : Il s’agit de Danielle Bocquet et de Christiane Muller.

Quel est votre héros ou héroïne dans la fiction ?
Elle : René Goscinny, mais ce n’est pas un personnage de fiction.
Lui : Barry Lyndon, pas dans le sens de modèle, mais parce que le personnage est intéressant.
Elle : Scarlett O’Hara, quand j’étais petite fille.

Si vous n’aviez pas été dessinateur ?
Elle : J’aurais fait quelque chose avec les chevaux, cavalière, pourquoi pas, ou cheval dans un parc.
Lui : Promoteur immobilier (je suis fils et petit-fils d’architecte).

Le principal trait de votre caractère.
Elle : Énergique.
Lui : Contemplatif.

Votre meilleur souvenir de dessin.
Elle : Les repérages sur les traces des personnages dont on raconte la vie, à New York pour Joséphine Baker ou dans le sud de la France pour Kiki de Montparnasse
Lui : Le découpage de la première planche d’Anita Conti (l’équivalent féminin du commandant Cousteau, dont nous sommes en train de raconter l’histoire).

Votre devise.
Elle : Je n’en ai pas, mais après réflexion : seuls les imbéciles ne changent pas d’avis.
Lui : User du passé pour démarrer dans le futur.

Si vous deviez vous décrire en un mot…
Elle : C’est trop réducteur, non ? Mais s’il faut jouer le jeu, passionnée, alors.
Lui : Joyeux. 

José-Louis Bocquet et Catel Muller © Marina53.

Joséphine Baker © Catel et Bocquet.

Claire Bretécher et son personnage Agrippine © Droits réservés.

Le Roman des Goscinny de Catel © Catel Muller.

Anita Conti © Droits réservés.

Ainsi soit Benoîte Groult de Catel © Catel Muller/Grasset.

Vivien Leigh en Scarlett O’Hara © Droits réservés.

Exposition Alice Guy à la Médiathèque Olympe de Gouges à Strasbourg du 13 novembre au 31 décembre 2021 © Droits réservés.

L’atelier de Catel tel que présenté sur son site officiel.

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